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Les chiffres japonais : le tableau complet, les compteurs, et pourquoi compter jusqu'à 10 ne suffit pas

On apprend à dire ichi, ni, san en quatre minutes. Puis on entre dans une boutique, on essaie d'en demander deux, et on se rend compte qu'on ne sait pas le faire.

C'est tout le sujet. Les chiffres japonais ne sont pas une liste de vocabulaire mais un petit système à trois rouages — et la liste n'en donne qu'un.

Pourquoi compter en japonais ne se résume pas à mémoriser 1 à 10

Trois obstacles séparent la liste d'une vraie phrase.

Il y a deux séries de nombres, pas une. Le japonais a conservé ses nombres natifs et emprunté une série au chinois. Les deux servent quotidiennement. Ni et futatsu veulent tous deux dire « deux », et ils ne sont pas interchangeables.

On ne peut rien compter sans compteur. Le japonais ne dit jamais « deux stylos ». Il dit « stylos, deux choses-longues-et-fines ». Le compteur dépend de la forme de l'objet.

Les nombres changent de son au contact du compteur. 一 se dit ichi, 本 se dit hon, et 一本 se dit ippon — pas ichihon. L'écriture n'en laisse rien deviner.

Rien de tout cela n'est difficile. C'est simplement absent des tableaux, d'où le nombre de débutants qui apprennent 1 à 10 puis stagnent des mois.

D'abord, l'écriture

Les lectures ci-dessous sont données en rōmaji par commodité, mais vous croiserez ces nombres écrits en kanji sur les menus, les étiquettes et les quais de gare. Si l'écriture est encore un mur, commencez par les hiragana et katakana : c'est une semaine de travail, et tout le reste va plus vite ensuite.

Les chiffres japonais de 1 à 10 — les deux séries

La colonne de gauche est la série on, empruntée au chinois. C'est celle qui monte à l'infini : compteurs, prix, dates, numéros de téléphone, mathématiques. La colonne de droite est la série native, qui s'arrête net à dix.

Kanji Lecture on Série native (tsu)
1 ichi hitotsu
2 ni futatsu
3 san mittsu
4 yon (ou shi) yottsu
5 go itsutsu
6 roku muttsu
7 nana (ou shichi) nanatsu
8 hachi yattsu
9 kyū (ou ku) kokonotsu
10
0 zero (ou rei)

Apprenez la série on en premier. C'est celle qui sert dans quatre-vingt-dix pour cent des cas. La série native trouvera son utilité plus loin, comme solution de secours.

Les quatre lectures qui piègent tout le monde

Quatre nombres ont deux lectures concurrentes, et vous entendrez les deux :

  • 4yon ou shi. Par défaut yon. Shi, c'est aussi 死, « la mort », que le japonais évite dès qu'il le peut. Les hôpitaux sautent le quatrième étage comme on saute le treizième chez nous.
  • 7nana ou shichi. Par défaut nana ; shichi s'entend mal et se confond avec ichi.
  • 9kyū ou ku. Par défaut kyū. Ku, c'est aussi 苦, « la souffrance ».
  • 0zero ou rei. Zero au quotidien, rei en contexte formel et météo.

Le piège : l'heure inverse les valeurs par défaut. 4 h se dit yoji, 7 h se dit shichiji, 9 h se dit kuji. Preuve que ces lectures ne sont pas au choix : elles sont figées par expression, et s'apprennent par expression.

Les chiffres japonais de 11 à 100

Ici le japonais est bien plus clément que le français. Pas de « onze », pas de « douze », et surtout pas de « quatre-vingt-dix-neuf ». Tout, de 11 à 99, se compose à partir des dix chiffres que vous avez déjà.

Nombre Japonais Lecture Littéralement
11 十一 jūichi dix-un
12 十二 jūni dix-deux
20 二十 nijū deux-dix
25 二十五 nijūgo deux-dix-cinq
47 四十七 yonjūnana quatre-dix-sept
99 九十九 kyūjūkyū neuf-dix-neuf

La règle : le multiplicateur avant 十, le reste après. Vingt, c'est « deux dix ». Vingt-cinq, « deux dix cinq ». C'est tout le système jusqu'à 99, sans un seul mot nouveau.

Un avantage inattendu pour les francophones

Le japonais n'a rien qui ressemble à soixante-dix, quatre-vingts ou quatre-vingt-dix. 70 se dit nanajū (« sept dix »), 80 hachijū, 90 kyūjū. La régularité est totale — c'est l'une des rares fois où le japonais est plus simple que le français, et il vaut la peine d'en profiter.

Les centaines et les milliers fonctionnent pareil avec 百 (hyaku) et 千 (sen), à cinq exceptions près, qui changent de forme pour les mêmes raisons phonétiques que les compteurs plus bas :

300 sanbyaku · 600 roppyaku · 800 happyaku · 3 000 sanzen · 8 000 hassen

Le mur du 万 : le japonais groupe par quatre chiffres, pas par trois

Voilà ce dont personne ne prévient, et la raison pour laquelle des apprenants à l'aise à l'oral butent encore sur les prix.

Le français découpe les grands nombres par trois — mille, million, milliard. Le japonais les découpe par quatre — 万 (10 000), 億 (100 000 000). La virgule est au mauvais endroit dans votre tête, et chaque grand nombre doit être regroupé mentalement avant d'être prononcé.

Le même nombre découpé par trois à l'occidentale et par quatre à la
japonaise, avec les conversions de dix mille à cent millions

Il n'existe aucun mot pour « million ». Un million se dit 百万, soit littéralement « cent 万 ». Et dix mille ne se dit pas « dix mille » mais 一万, un 万.

Nombre Japonais Lecture
10 000 一万 ichiman
100 000 十万 jūman
1 000 000 百万 hyakuman
10 000 000 千万 senman
100 000 000 一億 ichioku

Un exemple concret, parce qu'il s'agit d'un réflexe et non d'un savoir. Un manteau à 35 000 ¥ : on découpe par quatre depuis la droite → 3|5000 → 三万五千円, sanman gosen en. Pas « trente-cinq mille ». Trois 万, cinq 千.

Cette conversion est réellement longue à installer. Avec de la pratique délibérée sur de vrais prix, elle devient automatique en quelques semaines ; sans elle, elle reste pénible pendant des années.

Les compteurs : ce que le tableau ne dit jamais

En français, « trois chiens » et « trois livres » utilisent le même mot. En japonais, non. Tout nom comptable prend un compteur, un suffixe qui classe l'objet par forme ou par catégorie. Le plus proche équivalent français serait « deux feuilles de papier » ou « trois têtes de bétail » — sauf qu'ici c'est obligatoire pour tout.

La structure est presque toujours :

nom + は/が/を … nombre + compteur

ペンを二本ください。 — Pen o nihon kudasai. — « Deux stylos, s'il vous plaît. »

La particule qui porte le nom — は, が ou を — est un sujet à part entière ; ce qui nous occupe ici, c'est le compteur.

Le japonais compte des centaines de compteurs. Il vous en faut une dizaine.

Compteur Lecture Ce qu'il compte Exemples
ko Petits objets — le recours sûr pommes, clés, boîtes
nin Les personnes irrégulier : 一人 hitori, 二人 futari
hon Objets longs et fins stylos, bouteilles, parapluies, trains
mai Objets plats et fins papier, billets, chemises, assiettes
hiki Petits animaux chats, chiens, poissons, insectes
dai Machines et véhicules voitures, ordinateurs, réfrigérateurs
satsu Volumes reliés livres, magazines, cahiers
hai Contenus de tasse ou de verre café, bière, bols de riz
kai Occurrences, fois trois fois par semaine
sai Années d'âge irrégulier : 二十歳 hatachi (20 ans)

Dans le doute, utilisez 個

個 ne sera pas toujours rigoureusement correct, mais il sera toujours compris — et c'est infiniment préférable à rester bloqué en pleine phrase. Les natifs eux-mêmes s'en servent quand l'objet est ambigu.

Les changements phonétiques, et pourquoi ils ne sont pas facultatifs

Voilà ce qui fait paraître les compteurs plus durs qu'ils ne le sont. Quand un nombre rencontre un compteur, le son change souvent — et la forme écrite n'en laisse absolument rien deviner.

Une matrice de quatre compteurs face aux nombres de un à dix, montrant quelles
combinaisons changent de son

Deux forces régulières sont à l'œuvre :

Le redoublement après 1, 6, 8 et 10. Ces nombres se terminaient historiquement par une occlusive : la frontière se resserre en petit っ et la consonne suivante double. Un son h durcit jusqu'au p : 一本 ippon, 六本 roppon, 八本 happon, 十本 juppon.

L'adoucissement après 3. Les compteurs commençant par un h se sonorisent en b après la nasale de san : 三本 sanbon, 三匹 sanbiki, 三杯 sanbai.

Cette seconde règle ne vaut que pour les compteurs en h. 個 commence par un k : il reste donc intact — sanko, jamais sango. C'est typiquement le genre de nuance qu'un tableau escamote et qu'on prononce ensuite de travers pendant un an.

2, 4, 5, 7 et 9 ne changent jamais. Autrement dit, tout le problème tient en cinq nombres, quatre compteurs et une vingtaine de formes à sur-apprendre.

La roue de secours : la série つ

Vous vous souvenez de la série native — hitotsu, futatsu, mittsu ? Voilà à quoi elle sert.

Pour les objets, jusqu'à dix, la série つ fait office de compteur universel. On n'ajoute rien :

りんごを三つください。 — Ringo o mittsu kudasai. — « Trois pommes, s'il vous plaît. »

Aucun compteur, aucun changement de son, toujours correct pour un objet ordinaire. Elle ne marche pas pour les personnes et s'arrête à dix, mais entre un et dix c'est le meilleur filet de sécurité d'un débutant. Apprenez-la tôt, précisément pour qu'ignorer le bon compteur n'interrompe jamais une phrase.

Âge, dates et argent — l'avertissement honnête

Trois domaines du quotidien sont assez irréguliers pour mériter d'être appris comme du vocabulaire plutôt que déduits :

L'âge utilise 歳/才 (sai) et reste très régulier, à une exception célèbre près : vingt ans se dit 二十歳 hatachi, et non nijūsai.

Les dates sont le pire recoin de la langue pour un débutant. Les jours 1 à 10 emploient la série native avec des lectures irrégulières — 一日 tsuitachi (et non ichinichi), 二日 futsuka, 三日 mikka, 十日 tōka — puis tout se régularise, sauf le 14, le 20 (hatsuka) et le 24. Ne les déduisez pas : apprenez-les.

L'argent est étonnamment simple. 円 (en) est régulier : 100 ¥ hyaku-en, 1 000 ¥ sen-en. La seule vraie difficulté reste le regroupement en 万 vu plus haut — d'où des prix japonais qui restent difficiles longtemps après que les nombres eux-mêmes sont acquis.

Comment l'apprendre concrètement

L'ordre qui fonctionne, et ce n'est pas celui que suggèrent les tableaux :

  1. La série on de 1 à 10. Vingt minutes. Tout le reste s'appuie dessus.
  2. La règle de composition de 11 à 99. Vingt minutes de plus, et vous tenez cent nombres.
  3. La série つ. Vous pouvez dès aujourd'hui compter des objets dans une boutique, sans connaître un seul compteur.
  4. Cinq compteurs — 個, 人, 本, 枚, 台. De quoi couvrir l'essentiel du quotidien.
  5. Leurs changements phonétiques. À mémoriser comme des mots entiers — ippon, sanbon, roppon — jamais comme un nombre à assembler avec un compteur.
  6. Le regroupement en 万, sur de vrais prix, à voix haute. C'est un réflexe : seule la répétition l'installe.
  7. Les dates et les compteurs restants, comme du vocabulaire, au fil des mois.

L'habitude la plus rentable : lire les prix à voix haute. Sites de vente japonais, tarifs de train, menus. Cela travaille d'un seul coup la série on, les compteurs et la conversion en 万, sur des nombres qui existent vraiment.

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Questions fréquentes

Combien de systèmes de numération le japonais utilise-t-il ? Deux au quotidien : la série on empruntée au chinois (ichi, ni, san), qui monte à l'infini, et la série native (hitotsu, futatsu), qui s'arrête à dix et sert de compteur universel pour les objets.

Les compteurs sont-ils vraiment obligatoires ? Oui, pour parler naturellement. Mais la série つ couvre les objets de un à dix sans aucun compteur, et 個 dépanne pour presque tout le reste : on peut fonctionner bien avant d'en connaître vingt.

Pourquoi 一本 se dit ippon et pas ichihon ? Les nombres terminés par une ancienne occlusive — 1, 6, 8, 10 — redoublent la consonne suivante, et un son h durcit en p. C'est régulier, mais le kanji n'en laisse rien voir : ces formes se mémorisent comme des mots entiers.

Faut-il dire yon ou shi pour 4 ? Yon par défaut. Shi survit dans des expressions figées et dans le comptage scandé. Pour 4 heures, ce n'est ni l'un ni l'autre : c'est yoji.

Quelle est la vraie difficulté des nombres japonais ? Pas les chiffres. Le regroupement en 万 : le japonais découpe par quatre là où le français découpe par trois, donc tout grand nombre demande une conversion avant d'être prononcé.

Combien de temps faut-il pour apprendre les nombres japonais ? Les chiffres et la règle de 11 à 99 prennent une heure. Compter utilement avec quelques compteurs demande une à deux semaines. Le réflexe du 万 sur les grands prix réclame quelques semaines de pratique délibérée.

Commencez à compter pour de vrai

Les nombres sont le vocabulaire le plus vite rentabilisé du japonais : ils apparaissent dans chaque boutique, chaque horaire, chaque conversation sur l'âge, le prix ou la quantité. Et contrairement aux kanji, le système est petit — deux séries, dix compteurs, cinq changements de son et une règle de regroupement.

Apprenez la série on aujourd'hui, servez-vous de つ demain pour acheter quelque chose, et ajoutez les compteurs au fil des rencontres. Cet ordre-là vous fait compter en situation réelle en une semaine, au lieu de mémoriser un tableau que vous ne savez pas encore utiliser.

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